Aller au contenu
Au Robinet

La carafe filtrante

C’est l’objet le plus vendu du rayon, et celui dont on attend le plus à tort. Sur le chlore et le goût, il fait le travail. Sur les nitrates, les PFAS et les métaux, il ne faut rien en attendre, ce n’est pas un défaut de fabrication, c’est le procédé qui ne peut pas.

Ce que disent les mesures

Le goût de chlore concerne à peu près tout le monde : 31 793 communes ont des trihalométhanes recherchés, produits de la désinfection qui protège l’eau jusqu’au robinet.

Fiche

Comment ça marche, et ce que ça implique

Une cartouche mixte (charbon actif en grains et résine échangeuse d’ions) que l’eau traverse par gravité, en quelques dizaines de secondes.

Ce qu’il faut avoir compris avant d’acheter

  • Sur le goût de chlore, elle fait le travail, pour un coût d’entrée très bas et sans installation.
  • Sur le plomb et le cuivre, elle est plus efficace qu’on ne le dit : l’ANSES relève au moins 90 % de réduction du plomb et 80 % du cuivre, tenues sur toute la durée de vie de la cartouche. Le nickel, lui, décroche en cours de vie.
  • La résine échangeuse retient une partie du calcium, mais de façon inégale : la réduction attendue est parfois atteinte en début de filtration, jamais conservée jusqu’au bout de la cartouche.
  • Elle modifie l’eau en plus de la filtrer. L’ANSES a mesuré un relargage d’argent, de sodium, de potassium et d’ammonium, ainsi qu’une baisse du pH pouvant passer sous 6,5, ce qui rend l’eau plus agressive. Les personnes suivant un régime pauvre en sodium ou en potassium ont intérêt à en parler à un médecin.

Ce que ce procédé ne fait pas

  • Aucun effet sur les nitrates : l’ANSES juge l’abattement difficilement estimable, et seules des cartouches à résine anionique spécifiques agissent dessus. Sur les pesticides, elle conclut que l’efficacité ne peut pas être évaluée. Sur les PFAS, il n’existe aucune donnée.
  • Elle ne rend pas potable une eau qui ne l’est pas : ces appareils sont conçus pour de l’eau du robinet déjà conforme, et pour rien d’autre.
  • Elle n’est pas recommandée pour préparer un biberon, pas plus qu’une eau adoucie ou filtrée à domicile en général.
  • Une cartouche se change toutes les quatre semaines environ, même peu utilisée.
  • Une eau filtrée a perdu son chlore, donc sa protection bactériologique : à conserver au réfrigérateur et à boire dans les 24 heures. Contre-intuitif mais mesuré : réfrigérée et bien entretenue, la qualité microbiologique se maintient ; c’est la conservation à température ambiante qui la dégrade.
Vérifiable

Les certifications qui engagent quelqu’un

Une certification est le seul repère qui oppose un résultat mesuré par un tiers à une promesse commerciale. Elle ne dit pas qu’un appareil est bon : elle dit ce qui a été testé, et sur quoi.

NF EN 17093
les carafes filtrantes, c’est-à-dire la norme qui s’applique réellement en France. Elle succède à la NF P 41-650 et n’a pas de portée réglementaire
NSF/ANSI 42 et 53
des réductions mesurées, mais attention : l’ANSES relève que la revendication d’une certification NSF sur le marché français concerne les gourdes filtrantes, pas les carafes
Coût

Ce que ça coûte, en structure

Les prix bougent, la structure de coût non. Trois postes, dont le dernier est presque toujours oublié au moment de l’achat.

À l’achat
Le ticket d’entrée le plus bas de tous les procédés.
Consommables
Une cartouche par mois, soit douze par an : c’est là que se joue le coût réel, et sur plusieurs années il rattrape celui d’un filtre fixe.
À l’usage
Rien.

Portée de l’appareil : un récipient.

Pourquoi le temps de contact plafonne le résultat

L’eau traverse la cartouche par gravité, en quelques dizaines de secondes, à travers un volume de média réduit. Comparé aux plusieurs minutes d’un filtre à gravité ou au passage sous pression dans un bloc compacté, c’est peu. Or l’adsorption a besoin de temps.

Ce n’est donc pas une question de gamme ou de prix : une carafe haut de gamme reste une carafe. Elle règle très bien le problème pour lequel elle est conçue (l’agrément de l’eau) et pas les autres.

La résine échangeuse, l’autre moitié de la cartouche

La plupart des cartouches associent au charbon une résine échangeuse d’ions, qui retient une partie du calcium. C’est ce qui explique qu’une bouilloire s’entartre moins avec de l’eau filtrée, et c’est l’usage réel de beaucoup d’acheteurs, bien avant la santé.

Cette résine s’épuise, elle aussi, et plus vite en eau dure. Une carafe utilisée sur une eau à 35 °f tient moins longtemps qu’à 15 °f, à volume filtré identique.

Le point d’hygiène qu’on oublie

Une cartouche est un média humide, à température ambiante, traversé par une eau dont on vient de retirer le chlore. C’est-à-dire un environnement favorable au développement bactérien si elle reste en place trop longtemps ou si la carafe séjourne hors du réfrigérateur.

D’où la règle des quatre semaines, même en usage faible, et la conservation au frais de l’eau filtrée. Une eau filtrée n’est plus une eau protégée.

Comparatif

Face aux autres procédés

traite partiellement, ou selon le modèle et l’entretien sans effet mesurable
Face aux autres procédés Ce que chaque famille de procédés retire de l’eau
Ce qu’on veut retirer Osmose inverseCharbon actifCarafeAdoucisseur
PFAS à chaîne longue (PFOA, PFOS)Le charbon en bloc certifié NSF/ANSI 53, mention « Total PFAS Reduction », est mesuré sur ces molécules.Osmose inversetraiteCharbon actiftraiteCarafepartiellementAdoucisseursans effet traitetraitepartiellementsans effet
PFAS à chaîne courte (PFBA, PFBS, TFA)Trop solubles pour être adsorbées : seule une barrière physique les arrête.Osmose inversetraiteCharbon actifsans effetCarafesans effetAdoucisseursans effet traitesans effetsans effetsans effet
NitratesIon minéral sans affinité pour le carbone. Faire bouillir l’eau les concentre.Osmose inversetraiteCharbon actifsans effetCarafesans effetAdoucisseursans effet traitesans effetsans effetsans effet
Pesticides et métabolitesMolécules organiques : le charbon les adsorbe bien, tant qu’il n’est pas saturé. Pour une carafe, l’ANSES juge que l’efficacité sur les pesticides ne peut pas être évaluée, faute de résultats en nombre suffisant.Osmose inversetraiteCharbon actiftraiteCarafepartiellementAdoucisseursans effet traitetraitepartiellementsans effet
Chlore libre et goût de chloreUne carafe y est aussi efficace qu’un équipement fixe : au moins 70 % de réduction tenus sur toute la vie de la cartouche.Osmose inversetraiteCharbon actiftraiteCarafetraiteAdoucisseursans effet traitetraitetraitesans effet
Trihalométhanes (sous-produits de chloration)Osmose inversetraiteCharbon actiftraiteCarafepartiellementAdoucisseursans effet traitetraitepartiellementsans effet
Calcaire (calcium et magnésium)L’adoucisseur traite toute la maison, mais la doctrine sanitaire veut qu’il reste un point d’eau froide non adoucie pour la boisson ; l’osmoseur ne traite que le robinet équipé. Pour une carafe, la réduction du calcaire est atteinte en début de cartouche et ne tient pas jusqu’au bout.Osmose inversetraiteCharbon actifsans effetCarafepartiellementAdoucisseurtraite traitesans effetpartiellementtraite
Plomb, cuivre, nickelTrois métaux au comportement différent. Pour une carafe, l’ANSES relève une réduction du plomb d’au moins 90 % et du cuivre d’au moins 80 %, tenues sur toute la vie de la cartouche ; seul le nickel décroche. Pour le charbon, seuls les blocs certifiés NSF/ANSI 53 « plomb » sont mesurés dessus.Osmose inversetraiteCharbon actifpartiellementCarafepartiellementAdoucisseursans effet traitepartiellementpartiellementsans effet
Bactéries et virusAucun de ces appareils ne désinfecte, et pour l’osmose ce n’est pas un avis mais une règle : le droit français interdit de revendiquer la filtration membranaire comme une étape de désinfection. Le réservoir sous pression, privé de chlore, est même un endroit où des bactéries repoussent. Un média filtrant humide et tiède est un terrain de culture s’il n’est pas changé.Osmose inversepartiellementCharbon actifsans effetCarafesans effetAdoucisseursans effet partiellementsans effetsans effetsans effet

Une ligne manque volontairement à ce tableau : le calcium et le magnésium, qui sont des apports utiles et non des polluants. L’osmose inverse les retire avec le reste, c’est sa contrepartie, corrigée le cas échéant par une cartouche de reminéralisation ; l’adoucisseur les échange contre du sodium ; le charbon actif les laisse passer. La carafe, elle, en retient une part par sa résine, de façon inégale et surtout en début de cartouche.

Questions fréquentes

Une carafe filtrante retire-t-elle les PFAS ?

Pas de manière fiable. Le média et le temps de contact ne sont pas dimensionnés pour ça, et aucune carafe ne peut retenir les PFAS à chaîne courte. Certaines cartouches sont certifiées pour la réduction du PFOA et du PFOS ; c’est alors écrit avec le numéro de norme, et cela ne couvre que ces deux molécules.

Faut-il changer la cartouche même si on l’utilise peu ?

Oui. La règle est temporelle autant que volumétrique, parce que le média humide se colonise indépendamment du volume filtré. Quatre semaines est l’intervalle courant indiqué par les fabricants.

L’eau filtrée se conserve-t-elle ?

Moins bien que l’eau du robinet. Le chlore est ce qui garantit la potabilité de l’eau jusqu’au verre ; une fois retiré, l’eau doit être conservée au réfrigérateur et consommée dans la journée.

Commencer par son propre réseau

Tout ce qui précède décrit des procédés. Le choix, lui, dépend d’un seul chiffre : ce que contient l’eau qui arrive chez vous. 34 847 communes ont une fiche, avec les valeurs mesurées et leur limite réglementaire en regard.

Voir l’analyse de ma commune