Ce qui ne filtre rien
Quatre gestes ou appareils largement présentés comme des solutions, et ce qu’ils font réellement. Aucun n’est une arnaque au sens strict : chacun a un effet, simplement pas celui qu’on lui prête.
Anti-tartre magnétique ou électronique
Il ne retire ni calcium ni magnésium : la dureté mesurée en sortie est identique à celle en entrée. Les fabricants revendiquent une modification de la forme des cristaux, pas une élimination.
Une analyse d’eau après l’appareil donne la même valeur qu’avant. C’est vérifiable pour le prix d’un test de dureté.
Faire bouillir l’eau
L’ébullition tue les micro-organismes et chasse le chlore. Elle ne retire aucun ion : en évaporant, elle concentre les nitrates au lieu de les diluer.
C’est le geste utile en cas d’alerte bactériologique, et exactement le mauvais geste sur une eau nitratée.
Laisser reposer l’eau une nuit
Le chlore libre s’évapore en partie, ce qui améliore le goût. Rien d’autre ne bouge.
Une eau reposée n’est plus protégée par le chlore : elle se conserve moins bien qu’une eau fraîchement tirée.
Les cartouches « toutes fonctions » sans certification
Elles listent des polluants sans indiquer sur lesquels un essai a été conduit, ni selon quel protocole.
Une liste n’est pas un résultat. La question à poser au vendeur est : quelles substances ont été mesurées, par qui, et à quel taux de réduction.
Deux gestes gratuits qui marchent
Laisser couler l’eau stagnante
Après une nuit ou une absence, une à deux minutes d’écoulement éliminent l’essentiel de ce que l’eau a dissous en stagnant dans les canalisations du logement, plomb, cuivre, nickel. La durée compte : c’est celle que recommandent les agences régionales de santé, et quelques secondes ne suffisent pas à renouveler le volume du réseau intérieur. C’est le meilleur rapport efficacité sur coût de tout le sujet.
Utiliser l’eau froide pour la boisson et la cuisson
L’eau chaude du réseau dissout davantage de métaux et a séjourné dans un ballon. Remplir une casserole à l’eau froide et la chauffer coûte quelques secondes de plus.
Et l’eau en bouteille ?
C’est la comparaison implicite de tout achat de filtre. Sur le plan des paramètres suivis, une eau embouteillée est soumise à une réglementation distincte de celle de l’eau du robinet, avec ses propres limites ; elle n’est ni systématiquement meilleure ni systématiquement moins bonne, et sa composition varie fortement d’une marque à l’autre.
Ce qui est certain, en revanche, c’est le coût au litre et le poids logistique. Comparer une eau embouteillée à une eau filtrée est légitime ; la comparer à l’eau du robinet non traitée demande de regarder d’abord l’analyse de son propre réseau, où 26 communes sur 25 388 dépassent la limite en PFAS et 274 dépassent celle des nitrates.
Commencer par son propre réseau
Tout ce qui précède décrit des procédés. Le choix, lui, dépend d’un seul chiffre : ce que contient l’eau qui arrive chez vous. 34 847 communes ont une fiche, avec les valeurs mesurées et leur limite réglementaire en regard.